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Publié : 10 juillet 2008

Un citron pressé pour l’été

La réduction de la dépense publique est une nécessité, qui peut le contester [1] ? Ce qui l’est moins, ce sont les choix de réduction : faut-il réduire la dépense publique en éducation qui est gage de réussite économique future tout en donnant plus à ceux qui ont déjà beaucoup ? Probablement pas [2].

L’accroissement de la « productivité » des services publics est une recherche permanente, légitime. Ce qui l’est moins, c’est de la résoudre en demandant aux agents des services publics de porter sur eux seuls cette croissance de productivité, par une augmentation de leur durée de travail et de leur charge de travail (nombre d’heures.élèves pour les profs).

La réduction de l’offre éducative n’est pas choquante : en France, nous avons gardé l’habitude, idéologie marquée, de considérer que l’éducation doit être la plus universelle ou encyclopédique possible : tous les enseignements pour tous et le plus longtemps possible. Rien n’est moins pertinent : cela conforte, voire structure, l’inégalité sociale de réussite dans les études.

Une réforme dans l’éducation est possible et nécessaire : diminuer l’ambition encyclopédique au profit de méthodes structurant mieux les compétences d’apprentissage afin d’être capable d’apprendre par soi même à tout âge.

Cela ne signifie pas qu’il faille larguer tous les contenus : certains sont essentiels, cessons l’hypocrisie qui règne parmi les profs [3], d’autres sont nécessaires pour structurer les compétences d’apprentissage [4], d’autres enfin contribuent à une insertion sociale incontournable [5]. Il est donc possible « d’alléger la facture » en réduisant le nombre de disciplines enseignées à nos élèves selon leurs choix de formation initiale.

Cela signifie en tout état de cause que nous devrions viser un accroissement réel de la performance éducative, moins d’échecs et moins de sorties sans diplôme, par un soutien plus individualisé : moins d’heures en classe entière, plus d’heures de groupes de besoins (donc des heures qui ne seront plus distribuées de façon uniforme contrairement à l’idéologie dominante).

En tout état de cause, cela ne se fera pas « sur le dos » des profs mais en les mobilisant pour la réussite de leurs élèves, en acceptant le principe qu’ils puissent se concerter, échanger, se former sur leur temps de travail, quitte à ce que ce temps soit redéfini [6] entre le temps passé en responsabilité d’élèves et le temps en disponibilité dans l’établissement... à condition que nous puissions travailler ou nous réunir dans des locaux décents et prévus à cet effet.

Notes

[1qui souhaite transmettre à la charge de ses enfants le poids d’une dette née de l’impéritie des générations précédentes ?

[2par exemple, la réduction fiscale pour les cours donnés à domicile profite aux catégories sociales les plus aisées... qui ont déjà l’avantage de voir leurs enfants mieux réussir à l’école ; inversement, en retirant des moyens pour l’aide aux élèves, on prive les enfants des catégories sociales désavantagées : qui peut considérer que cela est juste ?

[3enseigner les maths aux élèves de STG n’est pas forcément nécessaire, nos collègues d’éco-gestion peuvent plus directement structurer les quelques notions nécessaires à ces élèves ; au contraire, une plus grande réussite en S nécessiterait sans doute plus d’aide directe aux élèves en sciences et math, aide consommatrice de moyens horaires ; enfin il est loisible de penser que tous les élèves de ES ne souhaitent pas forcément disposer d’une solide culture mathématique... surtout si on fait le constat des acquis réels par rapport à la dépense horaire

[4montrer que pour apprendre, les mêmes techniques sont en oeuvre dans plusieurs disciplines

[5comprendre les enjeux, pas seulement formels, d’une démocratie risque de n’être pas inutile dans un monde qui ne voit plus de progrès démocratiques

[6et que l’on mette fin au « travailler moins et gagner plus » encore en vigueur dans l’éducation nationale... avantage étonnant qui coûte plus de 10 000 postes