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Publié : 19 novembre 2011

L’évaluation par son hiérarchique direct

Grand émoi chez les syndicats enseignants : après avoir réussi à garder sous le tapis presque 10 ans le décret signé par L. Jospin, le 2002-682, qui introduisait l’entretien d’évaluation avec son hiérarchique, et de facto supprimait l’inspection individuelle, les syndicats hurlent à la trahison, car un enseignant n’est pas un fonctionnaire comme les autres.

Reprenons, depuis 2002, progressivement, en l’adaptant à chaque situation particulière, l’évaluation par le hiérarchique le plus proche dans la pyramide est devenu la norme dans toute la fonction publique.

Premier argument qui tombe : cela fait presque dix ans que cela est en place dans les fonctions publiques, sans que nos collègues n’aient eu l’impression d’entrer dans une machine arbitraire importé des méchants manageurs du privé.

Second argument : l’inspecteur me connaît bien. En fait, s’il m’apprécie (en une visite d’une heure tous les neufs ans !), je vais progresser plus vite car je serais dans ses petits papiers. D’où un cours qui tient souvent du théâtre et un repas de famille avec toute l’équipe pédagogique aux petits soins pendant ce repas pour le grand personnage arrivé ici. De connaissance de l’action au quotidien, de l’investissement pour faire réussir les élèves : rien. Car il est pédagogique et ne s’occupe pas de ces basses considérations. Quant à l’efficacité de cette mascarade, en vingt ans d’examen attentif, je n’ai jamais lu le moindre rapport attestant d’un impact positif sur la réussite scolaire de cette inspection individuelle, pourtant très coûteuse (les inspecteurs en question ont le grade d’inspecteur d’académie).

Troisième argument : le chef d’établissement n’a pas été formé à l’évaluation et sera d’une partialité gravissime. Allons, c’est un fonctionnaire comme un autre et ceux qui feraient preuve de partialité seront vite repérés : l’appel en commission paritaire demeure demain comme aujourd’hui. Et là, les syndicats sont présents. De plus, c’est bien l’occasion de revendiquer une formation à l’entretien pour tous : évaluateurs et évalués, cela s’est fait dans d’autres établissements publics. Mais il est vrai que la formation professionnelle fait partie des fantômes de l’éducation nationale.

Quatrième argument : les enseignants seront pieds et poings liés devant leur hiérarchique ! Baliverne, si les syndicats d’enseignants se mettaient à fond dans un syndicalisme d’établissement au lieu de faire du revendicatif national, sans doute auraient-ils plus de poids : le conseil pédagogique et le conseil d’administration sont là pour poser des revendications internes à l’établissement et non des motions anti-gouvernementales. Encore faut-il choisir ses priorités, y compris dans l’organisation syndicale elle-même.

Cinquième argument : partout (ou presque) il y a une évaluation de l’activité disciplinaire... Mais pourquoi pas si elle vise à examiner le fonctionnement collectif afin de l’améliorer ! Quand on constate parfois l’absence totale de réflexion collective sur la discipline, un auditeur extérieur ne peut qu’être bienvenu. Mais actuellement, ce regard est inexistant.

En guise de conclusion, il faut se saisir de cette réforme et en faire le levier pour transformer les rapports internes, empreints de déférence vis à vis des hiérarchiques mais finalement méprisants à l’égard des chefs d’établissements... quand on entend les propos en salle des professeurs. Mieux vaut signifier un désaccord majeur que de déposer des motions ampoulées scribouillées comme au temps de Courteline.

Post-scriptum